Souviens Ten-Zan

« Ah ! On est heureux de pouvoir vous retrouver. »

Prenant diverses formes, cette phrase a souvent été dite et entendue ces derniers temps. la manière du poème qui compare une rose & une femme, son charme s’est un peu plus évanoui à chaque énonciation, et la prononcer sonne dorénavant aussi creux et hypocrite qu’un discours politique.

Mais que voulez-vous ?

On prend le risque de passer pour des idiots, parce qu’on est vraiment contents. Alors voilà, on est heureux de vous retrouver quoi.

Parce qu’en plus, en ce mois de juin 2020, Un Fanzine par Mois a pu retourner sur l’un des terrains qu’il préfère : celui de la terrasse ensoleillée. C’est à l’une d’entre elles que nous avons pu rencontrer Hugues & Pierre, deux des membres (sur onze au total) du collectif Souviens Ten-Zan.

Créé en 2012 aux Gobelins par un groupe d’étudiants de la filière animation, son existence commence à se dessiner plus précisément dans l’obscurité moite d’une cave Normande, où ces jeunes délurés passent quelques vacances à travailler sur teasers & clips animés. C’est autour de cette époque qu’ils réalisent notamment un faux-clip pour le titre « Mother Fucking Dalle » d’un certain Lomepal. Le rappeur est alors méconnu, mais la vidéo atteint un nombre de visionnages flatteur.

(on nous a parlé d’une centaine de milliers de vues, qu’il fallait toutefois prendre avec des pincettes)

Dans l’ensemble, vous pouvez retrouver tous les projets vidéo de Souviens Ten-Zan sur leur site internet.

(http://www.souvienstenzan.com/)

On y voit entre autres des films de fin d’études et des films de commande.

(pour France 4 par exemple)

En général, ces projets sont réalisés par des équipes réduites et ne requièrent pas l’investissement de tous les membres. Ainsi, pour donner pleinement son sens au terme de collectif, STZ propose également deux autres formats qui permettent aux auteurs de travailler tous les uns avec les autres.

Les « STZAP », d’abord sont des sortes de zapping animés qui permettent de profiter des multiples genres, styles et registres dans lesquels Souviens Ten-Zan réussit à si joliment s’engouffrer. Huit épisodes sont disponibles pour l’instant. Les Stzine, ensuite, sont des fanzines et vous le savez, vous venez d’en recevoir un. Il existe deux numéros pour l’instant. Imprimés à l’occasion de chaque Spin Off d’Angoulême.

(festival indépendant en marge du FIBD)

depuis deux ans, ils sont l’extension d’une volonté d’expérimenter et de sortir du cadre de travail habituel des membres du groupe. Pour réaliser le dernier en date (le vôtre), ils se sont aidés d’un thème prémonitoire, le « manuel de survie », ainsi que de l’expertise et des machines riso du studio d’impression Fidèle.

On soulignera l’importance de ces projets collectifs au sein d’un groupe réparti partout dans le monde. Résidants entre Paris, Athènes, Lyon & les États-Unis c’est dans ces créations que l’unité de l’équipe se matérialise finalement pleinement. D’autant qu’à la question :

« Pour quelle raison avoir créé et conservé le collectif »

On nous a répondu de la manière qu’on préfère. Quelque chose comme :

« Pour garder le lien, pour conserver un lieu de soutien… »

En allant ce mois-ci à la rencontre de Souviens Ten-Zan, Un Fanzine par Mois est très légèrement sorti de sa zone de confort. Nous n’avions en effet jamais rencontré d’artistes spécialisés dans l’animation et nous n’avions jamais distribué de fanzine dont le collectif répond à des commandes de Google. Mais sans surprise, nous avons trouvé dans les intentions de Hugues & Pierre les mêmes que celles de n’importe quel créateur s’investissant un jour dans la microédition : l’envie de s’exprimer, le besoin de se libérer et la nécessité de créer un exutoire où tout cela peut être rendu possible.

rédigé par ☞ Yann Quelennec