Un Fanzine par Mois — rencontre & raconte :

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Renaud Thomas

Au temps du confinement, quand il était difficile pour nous de rencontrer des microéditeurs et d’envoyer des fanzines, nous avions pensé au Collectif RVB. Maison d’édition de livres (principalement) numériques, nous y voyions un choix en adéquation avec la période. Depuis, l’un de nos membres a déménagé à Lyon et a pu rencontrer dans son nouvel atelier Renaud Thomas, auteur d’un livre chez RVB. Finalement, c’était donc peut-être aujourd’hui que la situation était la plus adaptée…

YANNIS LA MACCHIA Collection RVB, qu’est-ce que c’est ?

On défend une qualité de lecture qu’on trouve encore trop rare sur les écrans. Des bandes dessinées conçues pour le numérique, interactives mais centrées sur la lecture, cliquables et navigables mais sans devenir des jeux. Et rassemblées sur une plateforme destinée à durer dans le temps, avec une ligne éditoriale.

Renaud Thomas Peux-tu Te présenter ?

Je suis né à Lyon, où j’ai habité une immense partie de ma vie, mais sous peu je vais probablement aller voir si le bitume n’est pas plus gris ailleurs. C’est dans cette ville que j’ai fait mes études et rencontré dans une école de dessin les ami.e.s avec qui on a formé le collectif Arbitraire en 2005.

Tu as plusieurs casquettes, éditeur, imprimeur, dessinateur, peux-tu nous en parler ?

J’ai tellement de casquettes empilées les unes sur les autres que j’en ai parfois des torticolis. Avec ce collectif, on a commencé par faire un fanzine rassemblant nos bandes dessinées avec les moyens du bord, en photocopiant nos originaux puis en faisant un montage au ciseau et à la colle pour enfin rephotocopier le tout. On avait tout à apprendre pour arriver à faire de l’édition et cet aspect-là m’a tout de suite beaucoup plu : apprendre les techniques d’impression et de façonnage mais aussi comprendre comment fonctionne la chaîne du livre (et du zine) dans sa globalité.
Depuis ces années de balbutiement les choses ont bien changé, le collectif s’est ramolli, dispersé et les gens se sont concentrés sur leur pratique artistique personnelle.
Juste avant, Juliette Salique, qui n’est pas autrice, nous avait rejoints pour nous aider sur la communication et la promo via la presse et elle continue aujourd’hui en s’occupant aussi de l’éditorial avec moi. On reçoit toujours des coups de main ponctuels de l’un ou l’autre des membres du collectif Fantôme et on continue à éditer les livres de certains. Allez voir notre site www.arbitraire.fr, tiens !
De plus, en sortant de l’école on a trouvé un atelier dans lequel on pouvait travailler tous et toutes sur nos projets personnels. Au fil des ans, la plupart a déménagé et le lieu s’est mué en atelier partagé où des gens d’horizons différents se côtoient. C’est très enrichissant mais la gestion administrative d’un tel lieu est assez chronophage…
Étant donné la taille et l’économie de notre structure, ces activités restent bénévoles. À côté, je travaille donc en CDI à temps partiel dans un atelier de sérigraphie, « Expérience », depuis 2011. J’ai appris la technique lors d’un stage au Dernier Cri (avec Vincent Pianina du collectif, ce qui nous a permis d’imprimer notre première couverture d’Arbitraire en sérigraphie), puis je me suis fait aider par les membres de l’atelier Black Screen à Lyon. J’ai été embauché quelque temps plus tard et j’ai continué à apprendre sur le tas. L’atelier étant lié à la librairie éponyme, spécialisée en bande dessinée, on tire principalement des affiches, ex-libris, portfolios issus de bandes dessinées, en allant jusqu’à une quinzaine de passages de couleurs, à l’aide d’une machine que je qualifierais de « pression réglée à bras ». On bosse pour des maisons d’édition (petites & grandes), en direct avec les auteurices, pour d’autres librairies, etc…
Je m’occupe pas mal de la préparation des fichiers et, avec le reste de l’équipe, de la mise à la teinte pour retrouver les couleurs souhaitées, du tirage, du massicotage…
Quand il me reste du temps après tout ça j’enfile ma casquette d’auteur et je tente de faire de la bande dessinée. Le plus dur étant d’arriver à faire passer d’abord ce qui est important pour moi plutôt que ce qui est urgent à traiter.

Ton travail d’édition a-t -il un impact sur ta manière de dessiner et de penser le livre ?

Je ne suis pas seul dans ce cas-là mais j’ai tendance à penser la forme avant le fond dans ce que je fais, et c’est probablement une déformation d’auteur-éditeur. Mais ça permet de poser des contraintes et de ne pas partir dans tous les sens. Je reçois très peu de commandes, donc c’est à moi de créer un cadre, tant au niveau du format, de la thématique, de la technique que du délai que je m’accorde.
Parfois une envie de produire quelque chose très vite, ou avec tel outil ou telle technique d’impression va permettre de se lancer.
Concernant Décharge l’idée première était de me forcer à produire un strip par semaine pendant un an en le pré-publiant dans la Collection RVB, mais j’ai tout de suite pensé au livre final en déterminant le format.

Dans tes différents ouvrages, on remarque qu’il est souvent question d’errance et de terrains vagues aux dimensions supposément infinies, les personnages se promènent et les buts changent sans forcément être accomplis.

Comment écris-tu ça ?

Comme dans beaucoup de premiers livres, j’ai mis plein de choses dans Zone Z (paru chez Cornélius en 2019). L’errance, la déambulation est au cœur du récit mais entre en confrontation avec d’autres thématiques, que je n’avais pas forcément identifiées tout de suite. Ça parle d’urbanisme, de la difficulté de faire des choix, de la puissance du hasard, de gémellité, de la vacuité et sûrement de plein de choses dont je n’ai pas conscience. Les terrains vagues, entrepôts, zones commerciales, industrielles, d’activités sont partout mais on n’y fait globalement pas très attention. Je voulais aller dans l’extrême inverse et j’ai pris des milliers de photos de tout ce qui m’interpellait pendant plusieurs années. J’ai aussi noté des situations, des visions qui ont découlé sur des scènes du livre.
J’avançais en semi-improvisation, écrivant des séquences de dix à vingt pages en les crayonnant, les encrant, les pré-publiant parfois, pour reprendre ensuite à zéro.
Pour Décharge, j’ai fonctionné différemment : j’ai utilisé beaucoup moins de photos de documentation, ou alors très différentes de celles constituant la majorité de ma collection.
L’environnement est bien plus désertique et le jeu sur les textures, les matières et les couleurs plus important. L’écriture s’est déroulée tout le long de cette année de prépublication en ligne. Je notais dans un carnet des idées très inutilisables et d’autres qui l’étaient un peu, puis piochais dans ces dernières pour produire mes strips. Je tentais de prendre de l’avance dans la réalisation (crayonné / encrage à la plume / mise en couleur informatique) mais dans la grande majorité des cas je rendais ma planche pile le jour prévu.

Le livre a été imprimé d’une manière spéciale, peux-tu nous en parler ?

La couverture est imprimée en sérigraphie, comme pour la majorité des livres d’Arbitraire, mais l’intérieur l’est en rotative numérique, en jet d’encre plus exactement. Le procédé n’est évidemment pas tout jeune mais les progrès techniques ont permis de l’adapter à des tirages un peu conséquents, avec une rapidité d’impression et un coût lui permettant de concurrencer l’offset (la technique la plus courante), notamment pour l’impression couleur.
Comme on peut le voir justement, mes couleurs qui avaient été pensées pour le RVB de l’écran (permettant un affichage des teintes plus saturées, plus vives) n’ont finalement pas trop souffert du passage au papier qui peut parfois les ternir un peu.

Tu as fait un bouquin avec Cornélius, as-tu d’autres projets pour d’autres Éditeurs qu’Arbitraire ?

Je suis dans une phase de transition où j’ai plutôt envie de participer à des revues collectives, enchaîner les expériences dans des histoires courtes avant de me remettre à penser à un long projet (même si je pense déjà à la suite de Décharge, entre autres).
Ah si ! Mon prochain livre sera un Livrikiki, une mini bande dessinée à monter soi-même contenue dans Biscoto, un super journal mensuel pour enfants. Je n’ai jamais fait ça, j’ai hâte de m’y mettre !

Que dirais-tu à quelqu’un qui s’apprête à lire ton livre ?

Je n’ai rien à dire avant la lecture mais pour l’après, suivez ce qui est indiqué dans le livre et lavez-vous les mains soigneusement.

rédigé par ☞ Yann Quelennec
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