Un Fanzine par Mois — rencontre & raconte :

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Next Revel & Ludovic Lalliat

Next Revel pouvez-vous vous présenter ?

En 2015 le festival international de la bande dessinée d’Angoulême organise pour la 6e année consécutive le prix Révélation Blog pour dénicher des auteurs en devenir de la BD française sur le web. Se sentant concernés, certains étudiants de l’EESI ( Beaux-Arts d’Angoulême ) décident de créer le blog Next Revel avec pour objectif d’être sélectionnés l’année suivante. Malheureusement ce blog ne deviendra jamais réellement un blog BD et le collectif ne candidatera même pas à ce prix. Mais c’est dans le terreau de cet échec que le collectif Next Revel s’est formé pour peu à peu produire des fanzines, arpenter les festivals et diffuser des éditions de plus en plus nombreuses.

La proposition de Next Revel a évolué au fil du temps ?

Au début tout était plus centré sur l’école, les fanzines étaient dessinés dans les ateliers, imprimés et reliés en salle informatique puis vendus principalement à Angoulême dans le Off du festival. On a ensuite participé à d’autres festivals, rencontré d’autres collectifs, intégré d’autres auteurices et élargi un peu notre spectre. Après le temps des études, tout le monde s’est retrouvé dispersé en France avec à sa charge de se débrouiller pour devenir artistes. On a alors décidé de garder nos forces unies et d’adapter le collectif à cette nouvelle maturité imposée. Ça a commencé avec le magazine Next Revel Comic’s Machine où le but était de produire un mensuel composé d’histoires à suivre et d’autres plus courtes qui mettaient en avant les créations des membres du collectif et de plein d’autres connaissances et jeunes auteurs du monde de la BD. On a aussi pas mal travaillé sur la structure du collectif et mis en place un nouveau fonctionnement avec une meilleure communication entre nous, ce qui nous a permis d’augmenter les tirages ainsi que la qualité des éditions. On dispose aujourd’hui d’une boutique en ligne avec notre catalogue et on enregistre depuis peu nos livres à la BNF.

Quels sont les plans pour Next Revel ?

Saturer la BNF, gagner le prix révélation blog ( qui n’existe plus ), acheter la Next-Revel-Car pour faire pleins de festivals, faire en sorte que chaque auteurice ait une orthographe parfaite et explorer les champs infinis de l’édition sereinement.

Comment accompagnez-vous les livres et choisissez-vous vos auteur•e•s ?

On souhaite défendre le travail des membres, que le collectif soit une maison pour les différent.es auteurices et qu’iels puissent être libre de créer, même si on a récemment instauré une petite méthodologie d’édition pour que ce soit plus pratique. On intègre des nouveaux et de nouvelles auteurices qu’on rencontre au fur et à mesure si on aime ce qu’iels font et que le courant passe bien. On n’a pas vraiment de ligne éditoriale, les éditions sont travaillées au cas par cas et on essaie de ne pas entraver les idées et les envies. Ça donne un catalogue dense avec des formats et des sujets très disparates mais le mélange des formes permet à chacun.e de trouver sa place.

des ouvrages prochainemen ?

Alors on va sortir Magic Tricks de Charlie Renel, un livre d’illustrations qui remonte le moral et de tips, astuces et recettes pour les personnes neuroatypiques. A la rentrée on lance Raging Woods de Coline Hégron et The Great Sylvie de Paulin Matrot dans leur nouvel atelier à Angoulême, deux intégrales de leurs histoires pré-publiées dans le magazine Next Revel Comic’s Machine. On a également une BD de Thaïs Guimard qui se prépare petit à petit et et on essaie d’imaginer une édition un peu plus surprenante autour des cartes Magic. On espère qu’on pourra sortir des beaux projets de plus en plus aboutis
et que vous prendrez plaisir à découvrir et suivre notre travail. Merci et bonne lecture !

Ludovic Lalliat pouvez-vous vous présenter ?

Oui, c’est possible.
Je vous fais une introduction en accéléré, sinon, ça sera trop long.
Naissance en 1993, souvenirs flous, maternelle, école primaire, Brevet des collèges, CAP publicité, BAC pro publicité, Prépa’ art, licence d’arts plastiques et enfin, les Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Joann Sfar.
Comme beaucoup d’enfants, j’ai dessiné avec n’importe quels outils, sur tous les supports, les murs, les portes, les fenêtres et mon petit frère.
Je pense que tout a vraiment commencé dans la cour de récréation en CP, quand j’ai eu mon premier carnet de dessin. C’était un gros ZAP Book à spirale bleue. Dix ans plus tard, quelqu’un a vomi dessus. J’ai dû m’en débarrasser, c’était irrécupérable. J’aurais beaucoup aimé vous montrer des images provenant de cette relique, c’est dedans que j’ai commencé à imaginer des histoires et des théories fumeuses sur le dessin.
Ce que je fais quand je ne dessine pas ?… Comme tout le monde, je bois des coups, je lis, je geek, je regarde des films ( beaucoup ), j’écoute de la musique ( souvent en dessinant ). Pour être tout à fait franc, je pense souvent au dessin, ça occupe une grande partie de mon temps de réflexion. Je dessine aussi beaucoup dans ma tête, pour m’endormir je m’imagine souvent faire une trame (1) (voir interview papier), ou bien une longue ligne sinueuse à la plume (2) (voir interview papier), ça me détend vachement.

comment est né le projet sphère molle et disque dur ?

Avec ce dessin  (3) (voir interview papier)
J’avais fait ce dessin quand j’étais en première ou deuxième année de FAC, il y a sept ou huit ans. C’était compliqué de ne pas y voir un caractère psychanalytique. Alors, j’y suis allé à fond, je l’ai développé en une histoire complète. Au début c’était vraiment du gros délire, il n’y avait pas véritablement de personnages construits, c’était des bribes de frustrations personnelles. J’ai dû tordre le récit dans tous les sens pour en faire quelque chose de cohérent. Mon caractère pudique m’a beaucoup aidé à camoufler tout rapprochement évident avec ma vie personnelle, alors que c’était le fondement et l’impulsion initiale du projet. Ça a donné lieu à un récit davantage dans l’analogie que dans la symbolique. Un an plus tard, quand j’ai commencé à dessiner les premières planches, le dessin ne me plaisait pas, j’avais des sensations plus fortes à l’esprit que ce que je parvenais à poser sur le papier. Je ne me suis pas forcé et me suis dit que, dans quelques années, ça serait mieux. C’était le deuxième projet de BD avec lequel je prenais cette décision. Le premier était Toupie, que j’avais scripté 1 an avant Sphère molle et disque dur. Arrivé aux Beaux-Arts, j’ai dessiné Toupie   4.
J’ai beaucoup appris sur ce projet. Surtout, je voyais que l’attente avait payé. Ce n’était en aucun cas parfait, mais j’avais du plaisir à terminer chaque planche. Deux ans plus tard, j’ai dessiné Sphère molle et disque dur d’une seule traite en deux mois, puis je l’ai rangé dans un tiroir. Il y a quelques mois, j’ai envoyé le PDF de Sphère molle à Ilyess El Habchi, un ami d’enfance. La réponse d’Ilyess après sa première lecture était courte : « Mais il est fou ce type, il a une BD terminée et il n’en fait rien ». Ilyess était ( et est toujours ) membre de l’association Next Revel. Il leur a soumis le projet et ils ont eu le courage de vouloir le publier. Je dis le courage, parce que la version qu’ils ont lue à ce moment-là n’est pas celle que vous avez entre les mains. Pour ça, je les remercie du fond du cœur. En rediscutant avec Ilyess, j’ai voulu remanier le début et la fin du récit. On a débattu jusqu’à trouver un terrain d’entente. Je ne peux pas en dire plus si vous n’avez pas lu la BD…

qu’est-ce qui t’inspire au quotidien ?

Au quotidien ?
Je pense souvent aux travaux de mes ami.e.s et de ma compagne.
Et… C’est trop compliqué comme question… Mais, je peux essayer d’orienter un peu. J’ai fait mes armes en fac d’arts plastiques, avec les avant-gardes. Je peux peut-être vous dire à qui et à quoi je pense souvent. Nombreuses sont mes pensées qui vont à Goya, c’est l’artiste peintre que j’ai le plus recopié, particulièrement ses gravures. Le tome 2 de Akira, oui, j’y pense souvent, surtout la page 141 de l’édition de Glénat de 1999. On dirait une blague sur ce qu’est le sens de lecture dans une BD, c’est remarquable.
Quand j’ai du mal sur une composition en noir et blanc, je me concentre sur mes souvenirs de Alex Toth et Alberto Breccia. Si je trouve une texture un peu faible, je me mets une gifle avec du Paul Rebeyrolle, en particulier certaine de ses chaussures et modèles vivants. J’adore Lioubov Popova. Il y a beaucoup de choses qui m’inspirent que je n’aime pas, il y a beaucoup de choses que j’adore auxquelles je ne pense jamais. Ça énerve beaucoup mes ami.e.s quand on discute : « Ah ouais ! Ah c’est génial, j’aime pas du tout ! ». Akira Kurosawa, Alexandre Sokourov et Sergueï Eisenstein font également partie des images de mon corpus. Il y en a tellement… En ce moment je suis obsédé par Tezuka, c’est terrible.

as-tu d’autres projets sur le feu ? ( bd ou autres…)

Absolument, je travaille sur une BD de SF/drame social. Ça doit sortir début 2023 aux USA. Je ne peux rien vous dire pour l’instant en ce qui concerne la version française.
Je travaille également avec Raoul Leonesi sur une BD à 4 mains, là encore, je ne peux rien vous dire.
J’ai aussi un projet d’édition d’illustration et de poèmes avec l’artiste Wonwoo Kim.
Puis, j’ai ma production personnelle autour de la BD. Des grands formats, de la peinture, etc. Quand la BD m’embête, je passe aux grands formats, quand je commence à me perdre dans les grands formats, je reviens me canaliser dans des cases. C’est probablement ce qui explique un style explosif dans mes grands formats, et davantage contrôlé en BD.

rédigé par ☞ Yann Quelennec

( Parfois indisponible dsl. )