La Baie des Machines

Baie des machines #4

Salut les fans de post-porn !

Cette année se déroule, du 16 au 18 novembre, le festival de bande dessinée alternative de Colomiers situé en périphérie de Toulouse. Il s’agit certainement d’un des plus jolis et des plus accueillants festival de bande dessinée indépendante, et en passant, on le conseille vivement.

Car il n’est pas le sujet de cet article, mais il s’est en revanche trouvé être le parfait prétexte d’un pèlerinage en direction de la ville rose afin de rencontrer les créateurs du fanzine La Baie Des Machines que vous recevez aujourd’hui.

En 2010, ses quatre membres fondateurs, étudiants aux Beaux-Arts d’Angoulême, s’inquiètent pour leur avenir. La perspective de finir comme ces anciens étudiants aux yeux vides, à la mine hagarde, démarchant sans succès d’un éditeur à un autre ne les enchante guère. Ces amoureux de bande dessinée ne sont pas âmes à se laisser faire par un monde du livre de plus en plus féroce envers les auteurs et décident de prendre leur destin en main. Comme dit le proverbe, « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », et c’est avec cette idée en tête que des fonds sont mis en commun par le collectif nouveau-né pour investir dans une belle imprimante laser. Il s’agit de la première machine des Machines, et ils prennent d’ailleurs d’abord le nom de L’Imprimante. On voit que le collectif a de l’imagination !

Grâce à cet achat, l’ancêtre de La Baie des machines voit le jour sous le nom de Catapulte. Beaux-Arts oblige, et même si la bande dessinée est déjà le médium principal, on trouve aussi dans les huit numéros de cette première revue de l’illustration et des propositions plus conceptuelles. Force est de constater qu’une belle synergie s’installe dans les rangs de l’association puisqu’au fil des années, elle multiplie les publications avec, en plus de ses revues, des œuvres d’auteurs en solo, des romans photos, un calendrier, des livres d’images et encore d’autres chouettes petites merveilles. Sans qu’une ligne éditoriale soit particulièrement dessinée, on reconnait dans les publications des Machines un goût prononcé pour l’Oubapo (tenant BD de l’Oulipo) et donc pour les récits entrainés par la contrainte. D’ailleurs, chacun des cinq numéros de la Baie des Machines est écrit avec plusieurs contraintes en tête pour ses auteurs. À vous de voir si vous réussissez à trouver quelles sont celles qui rythment les histoires de cette quatrième itération.

En dehors des revues, le choix de publier un livre se fait souvent à partir d’une rencontre en festival ou par simple envie créatrice d’un de ses membres. Il nous faut ainsi souligner ce qui nous a paru être la grande force des Machines : son autonomie. La polyvalence des douze membres actifs de l’association et ses diverses acquisitions matérielles lui accordent le droit de gérer avec simplicité ses envies éditoriales. Et cette autonomie permet de proposer à prix bas des ouvrages imprimés à petits tirages, puis ensuite, selon la demande. Ainsi, si vous vous rendez sur le site des Machines, les livres épuisés peuvent aussi être commandés. Tout livre imprimé finit par être acheté, rien n’est jeté. Par ce fonctionnement sain, les Machines marquent la force de la microédition face à l’insoluble problème de la surproduction dans lequel baigne depuis plusieurs décennies le marché de la bande dessinée.

D’ailleurs, même au sein du marché du livre, les membres du collectif s’en tirent plutôt bien et ils ont quasi tous réussi à publier chez des éditeurs dits professionnels. Sans qu’un lien direct de cause à effet puisse être établi, Leo & Jérôme avec qui nous nous sommes joyeusement entretenus, avouent que l’activité au sein du collectif est certainement ce qui a réussi à leur fournir une expérience et une crédibilité suffisantes pour vivre par la suite de leurs travaux. On peut peut-être trouver dommageable que les artistes soient obligés de travailler bénévolement pour prouver leur valeur… Toutefois, la satisfaction apportée par le travail des membres de l’association nous fait voir les choses sous un bel angle. On perçoit dans les contours des Machines les traits d’une success story à l’américaine. Une histoire pas prête d’être terminée puisque l’association Toulousaine, sans plan précis pour l’avenir, semble déterminée à encore longtemps écumer les festivals pour offrir aux curieux un accueil enjoué accompagné d’ouvrages de qualité qui sentent l’amour et l’amitié.

Merci beaucoup à Léo et Jérôme d’avoir pris le temps de discuter autour d’une bonne bière et merci à Amandine, notre stagiaire, qui nous a si gentiment hébergés en son chaleureux foyer Toulousain.