Flutiste

Flutiste 10

Un Fanzine par Mois est une petite association, certes… Mais pour que chacun de vos centimes dépensés vous soient largement rendus, elle met en œuvre des moyens logistiques dignes des plus grandes entreprises de la Silicon Valley. Ainsi, pour préparer tous nos articles, nous déployons un système d’enregistrement ultra hi-tech afin de capturer la moindre des divines paroles de nos doux invités.

Vous n’entendrez jamais ces enregistrements, malchanceux que vous êtes ! Cela vous empêche pour ce mois-ci de profiter du subtil clinquement des choppes de bières débarquant sur notre tablée, du terrible moment où Simon se fait subtiliser, le temps d’une seconde d’inattention, le sac contenant son ordinateur. Vous manquez la puissante et épique mélopée des sirènes de pompiers arpentant Paris à la recherche de mamies coincées dans les derniers arbres de cette ville bétonnée, le grondement des grilles de magasins alentours se fermant et signifiant ainsi la fin d’une journée de travail bien remplie… Mais aussi et surtout, vous n’entendrez jamais les belles paroles de notre ami Antoine Beauvois, membre et fondateur du fanzine le Flûtiste. Ne vous lamentez pas pour autant, nous allons vous raconter.

L’ancêtre du Flûtiste est créé en 2012 par dix étudiants graphistes à l’école Olivier de Serres. Les jeunes compères n’aiment pas vraiment la pub et pourtant, ils s’acharnent à l’étudier. Le Petit Flûtiste Illustré, car tel est le nom de cet ancêtre, permet aux artistes naissant de se libérer des contraintes du travail scolaire pour inventer dans un climat de plus grande tranquillité. L’essai dure le temps de trois numéros étalés sur 6 mois.

Au terme de cette expérience, la logique scolaire impose aux membres du Flûtiste d’effectuer un stage professionnel. Antoine choisit de le réaliser chez le prestigieux éditeur Cornélius. L’expérience est profitable puisqu’elle permet d’appréhender plus clairement de nombreuses problématiques éditoriales. Les esprits du Flûtiste se refocalisent et souhaitent diriger leurs ouvrages vers davantage de cohérence, autant en termes de fabrication que de narration.

Alors qu’on trouvait dans Le Petits Flûtiste Illustré des jeux, des horoscopes et de la photo, le Flûtiste ne se concentre plus que sur la bande dessinée. Le tout premier numéro n’a pas de thématique précise mais profite déjà de cette unité nouvelle. Les trois suivants cherchent leur harmonie dans des thèmes donnés qui, dans l’ordre sont « sauvage », « business » et « la route ». Arrivé au cinquième numéro le besoin de cohérence se fait encore plus prégnant. Pour satisfaire cette envie, les livres cherchent maintenant à former une connexion entre les différentes histoires des dessinateurs. Dans le numéro cinq par exemple, toutes les histoires se déroulent dans un sous-marin, dans le sixième une trame narrative principale est imposée aux contributeurs… Dans le numéro dix, celui que vous recevez, les histoires se suivent, les personnages des divers artistes s’incrustent dans les récits des autres, et vous noterez que l’ensemble forme une boucle narrative puisque la fin nous ramène au début. En somme, les publications du Flûtiste tendent à s’éloigner du catalogue d’histoires pour devenir des livres où les chocs graphiques amenés par les multiples illustrateurs soutiennent une narration unie.

Bon… Vous comprenez aussi que chez le Flûtiste, on aime bien les contraintes qui prennent la tête. Un petit oiseau nous a même avoué que Léa Murawiec, membre active de l’association, est une passionnée d’Oupabo.

Cette même Léa nous permet d’ailleurs de faire une transition pas piquée des hannetons puisqu’elle a dessiné et scénarisé, en collaboration avec le dessinateur Krocui, le magnifique ouvrage « Fabuleux Vaisseaux » paru au Flûtiste. Car la maison de microédition (ou micro-maison d’édition) ne travaille pas uniquement sur son fanzine collectif mais a aussi à cœur de publier des titres plus personnels. L’ambition étant de valoriser les jeunes auteurs, de leur offrir un terrain de jeu fertile où création artistique et façonnage du livre sont pensés ensemble. Le prochain livre solo sortira à Angoulême, il se nomme L’escalier,est écrit et illustré par David Adrien et s’annonce déjà magnifique. Il faudra en revanche attendre fin 2019 pour le onzième numéro du Flutiste.

On oublie des détails, on vous cache des anecdotes croustillantes, mais c’est aussi parce qu’on veut vous faire comprendre quelques trucs simples : retenez qui passe par le Flûtiste, achetez les anciens numéros, procurez-vous leurs livres d’auteurs… Il se passe par là-bas de belles choses et ça promet pour l’avenir.